La loi MOP fixe le cadre juridique de la maîtrise d’ouvrage publique : acteurs, missions et responsabilités, de la phase d’esquisse à la réception des travaux. Ses évolutions dans le code de la commande publique depuis 2019 et leurs effets concrets sur les projets de construction publique en France sont également détaillés ci-après.
La loi MOP et son article 1 en bref
La loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d’ouvrage publique constitue un repère central de la construction publique. Ce texte, souvent résumé sous l’expression loi relative à la maîtrise d’ouvrage publique, organise les responsabilités entre maître d’ouvrage, maître d’œuvre et entreprises dans les opérations de construction financées sur fonds publics. Son article 1 précise ce qu’est un maître d’ouvrage public et fixe le socle applicable à chaque mission, de la définition du programme jusqu’à la livraison de l’ouvrage public.

Pourquoi la loi MOP a été créée en 1985
La loi MOP répond à une difficulté bien identifiée dans la construction publique en France : des coûts mal tenus, des délais fragiles et une répartition floue des rôles. Le législateur a donc posé un cadre juridique clair pour améliorer la qualité des constructions publiques et sécuriser la conduite des marchés publics.
Les objectifs de la loi MOP tiennent en quelques principes structurants : distinguer la maîtrise d’ouvrage de la conception, encadrer l’enveloppe financière à partir du programme, et attribuer à chaque intervenant des responsabilités lisibles.
- Transparence : publicité de la commande et égalité de traitement dans les marchés publics.
- Clarification des rôles : séparation entre maître d’ouvrage et maître d’œuvre.
- Maîtrise budgétaire : cadrage de l’opération avant consultation, à partir du programme.
- Qualité technique : recours à une mission de conception adaptée à la nature de l’ouvrage.
Le champ d’application de la loi MOP
La loi MOP s’applique principalement aux opérations portées par un maître d’ouvrage public : collectivités, établissements publics, ministères et, plus largement, personnes soumises au code de la commande publique. Elle concerne la construction publique, la réhabilitation, l’entretien lourd ou l’extension d’un ouvrage public, y compris dans certains travaux publics.
Sont notamment visés les bâtiments publics comme les écoles, hôpitaux, équipements administratifs, culturels ou sportifs, mais aussi des infrastructures et installations techniques relevant de la commande publique.
Les exceptions prévues par le dispositif
Le dispositif issu de la loi du 12 juillet 1985 admet certaines adaptations, notamment pour des opérations simples ou de faible montant. Le maître d’ouvrage peut alors assurer en interne une partie de la conception, sans recourir systématiquement à un maître d’œuvre externe, sous réserve de conserver une définition précise du besoin et des livrables attendus.
Pour certains ouvrages d’infrastructure, la mission n’est pas encadrée comme elle peut l’être pour les bâtiments. Le contenu est donc ajusté par la maîtrise d’ouvrage publique en fonction de la nature de l’opération, de sa complexité et du niveau d’études requis, en pratique sur un marché public.
Lorsque la documentation s’étoffe, la préparation des pièces écrites reste difficile à fiabiliser avec un tableur. Un logiciel CCTP comme Multidoc structure les documents techniques et administratifs tout en limitant les incohérences entre les pièces; la procédure d’appel d’offres assure, en parallèle, la traçabilité des choix de la maîtrise d’ouvrage.
MOA et MOE, les deux acteurs clés de la loi MOP
La loi du 12 juillet 1985 organise une opération de construction publique autour de deux fonctions distinctes : le maître d’ouvrage, qui porte le besoin, le budget et le programme, et le maître d’œuvre, chargé de la conception et du suivi technique.

Rôle et responsabilités du maître d’ouvrage (MOA)
Le maître d’ouvrage public est le commanditaire de l’opération. Il définit le programme, fixe l’enveloppe financière, arrête le calendrier et vérifie que l’ouvrage livré répond bien aux objectifs initiaux. En maîtrise d’ouvrage, certaines attributions peuvent être déléguées, mais la responsabilité de fond reste attachée au maître d’ouvrage.
- Définition du besoin : nature des travaux, périmètre de l’opération et structuration de l’ ouvrage public en lots cohérents.
- Pilotage financier : fixation de l’enveloppe prévisionnelle et suivi des écarts pendant toute la phase de l’opération.
- Organisation de la consultation : choix de la procédure, mise à disposition du DCE et sélection des candidats selon les règles applicables.
- Réception : contrôle de la conformité au programme, décision de réception et traitement des réserves.
Le MOA peut confier une partie de ses attributions à un mandataire, dans le cadre défini par le budget et le programme. En pratique sur un marché public, ce mandataire ne peut pas exercer, sur les mêmes ouvrages, une mission de maîtrise d’œuvre : l’indépendance entre les rôles reste un principe structurant.
Rôle et responsabilités du maître d’œuvre (MOE)
Le maître d’œuvre assure la conception technique et le suivi opérationnel de l’opération. Selon la nature de la mission, il peut s’agir d’un architecte, d’un bureau d’études ou d’un groupement réunissant plusieurs compétences. La maîtrise d’œuvre intervient de l’esquisse jusqu’à l’assistance à la réception, avec un niveau d’engagement qui se précise à chaque phase.
Le MOE produit et coordonne les pièces techniques utiles à la consultation et à l’exécution : CCTP, plans, pièces graphiques et quantitatifs. Une définition technique imprécise fausse la comparaison des offres et fragilise l’opération lors de l’exécution des travaux.
Le contrat de maîtrise d’œuvre fixe le périmètre de la mission, les livrables attendus à chaque phase et les modalités d’intervention du maître d’œuvre pour le compte du maître d’ouvrage public.
Les missions et phases MOP de la maîtrise d’œuvre
Le code de la commande publique organise la mission de maîtrise d’œuvre en éléments distincts, chacun rattaché à une étape précise du projet. Ce découpage par phase donne un cadre clair aux livrables, à l’estimation financière et aux validations successives.

Les huit phases MOP, de la conception à la réception
Elles ne s’appliquent pas de façon uniforme : le maître d’ouvrage, ou MOA, définit le périmètre contractuel selon la nature de l’ouvrage, le programme et le niveau de complexité. En pratique sur un marché public, trois principes structurent l’ensemble.
- Une progression des études : l’estimation se resserre à mesure que la conception se précise, d’un simple ordre de grandeur en ESQ jusqu’à un niveau de détail de l’ordre de ± 5 % en PRO.
- Des validations par paliers : chaque phase produit des documents soumis à l’approbation du maître d’ouvrage avant passage à la suivante.
- Un périmètre de responsabilité lisible : le VISA engage la responsabilité du MOE sur la cohérence architecturale et technique, non sur la conformité réglementaire des notes de calcul établies par les entreprises.
Une fois le dossier PRO stabilisé, les entreprises disposent de plans, notes de calcul et pièces écrites suffisants pour chiffrer dans de bonnes conditions. L’AMT prolonge ensuite ce travail avec l’analyse des offres et la vérification de leur conformité.
| Phase | Intitulé | Livrable principal | Précision estimative |
| ESQ | Esquisse | Pré-dimensionnement, faisabilité | Ordre de grandeur |
| APS | Avant-projet sommaire | Intentions architecturales, estimation | ± 20 % |
| APD | Avant-projet détaillé | Choix techniques arrêtés, coût prévisionnel | ± 10 % |
| PRO | Projet | Plans détaillés, notes de calcul, CCTP | ± 5 % |
| AMT | Assistance aux marchés de travaux | Analyse des offres, rapport de dépouillement | s.o. |
| VISA | Visa des études d’exécution | Vérification de cohérence des plans | s.o. |
| DET | Direction de l’exécution des travaux | Suivi de chantier, ordres de service | s.o. |
| AOR | Assistance aux opérations de réception | Procès-verbal de réception, levée de réserves | s.o. |
Mission de base obligatoire selon la nature de l’ouvrage
Pour les ouvrages de bâtiment, le code de la commande publique impose une mission de base définie aux articles R2431-4 à R2431-7. Les phases MOP qui la composent forment un socle que l’acheteur ne peut pas réduire, sauf cas d’adaptation prévus par les textes.
Pour les ouvrages d’infrastructure, le régime est différent. Aucune mission de base obligatoire équivalente n’est imposée, et le contenu de la mission est défini par la MOA selon les besoins de l’opération. L’arrêté du 22 mars 2019 précise les modalités techniques d’exécution de ces éléments, en complément du CCP, ce qui permet d’ajuster le périmètre des missions de maîtrise d’œuvre à la nature réelle de la réalisation.
Évolution de la loi MOP et article 1 dans le CCP
La loi du 12 juillet 1985 a structuré durablement la construction publique. Depuis l’entrée en vigueur du code de la commande publique, le 1er avril 2019, ses règles ont été codifiées dans un corpus unique. Le texte d’origine n’est donc plus le fondement juridique direct des procédures actuelles, mais il reste central pour comprendre les principes, les responsabilités et l’organisation de la mission de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre.
L’ article 1 de la loi MOP a longtemps servi de repère pour définir le rôle du MOA dans une opération publique. Aujourd’hui, cette logique se lit dans les dispositions du CCP applicables aux marchés publics.
Ce qui a remplacé la loi MOP depuis 2019
Depuis la codification de 2019, ce sont les articles L2431-1 à L2431-3 du CCP qui reprennent les règles générales, complétés par les articles R2431-1 à R2431-37 selon la nature de l’ouvrage. La loi de 1985 ne constitue donc plus une source autonome pour fonder une exigence dans une procédure en cours.
- Dématérialisation du dossier : le DCE doit être accessible gratuitement sur le profil d’acheteur pour les opérateurs économiques intéressés.
- Publicité des consultations : les obligations de publication s’apprécient selon les seuils applicables aux travaux.
Les équipes continuent de raisonner par phase, comme en esquisse, en études ou en exécution, parce que ce découpage reste opérant pour définir la mission et suivre les livrables. Le découpage en phases reste opérant pour définir la mission et suivre les livrables, quel que soit le fondement normatif retenu.
Publicité, DCE et portée des pièces contractuelles
Dans les marchés publics, les obligations de publicité relèvent désormais du code de la commande publique et de ses règles de transparence. Selon le montant et la procédure, la publication intervient sur les supports adaptés, notamment le BOAMP ou le JOUE. Un manquement peut fragiliser la consultation et engager les responsabilités du MOA.
Après attribution, les pièces du DCE prennent leur pleine portée contractuelle selon la hiérarchie prévue par les documents du marché. Dès que le dossier comporte des écarts entre CCTP, CCAP et pièces financières, le risque est immédiat : réserves, avenants, réclamations, puis surcoûts en phase d’exécution. En complément du CCTP, des outils comme ceux d’ELA Software aident à fiabiliser la production documentaire et à maintenir la cohérence entre pièces techniques, administratives et économiques.
Pourquoi les phases MOP restent une référence de travail
Les phases MOP permettent d’ordonner la réalisation des études, de clarifier la mission confiée au maître d’œuvre et d’identifier les points de validation du MOA. À l’inverse d’un tableur isolé, cette logique relie le contenu technique, le calendrier et les engagements contractuels.
C’est là que les principes issus de l’ancienne loi conservent leur valeur, dès la phase d’esquisse.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la loi MOP (loi maîtrise d’ouvrage publique) ?
La loi maîtrise d’ouvrage publique, ou loi n° 85-704 du 12 juillet 1985, fixe le cadre juridique des opérations de construction relevant de la maîtrise d’ouvrage publique. Elle organise la répartition des responsabilités entre la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre, en distinguant clairement le maître d’ouvrage, porteur du besoin, du budget et du programme, du maître d’œuvre, chargé de la conception et du suivi de la mission de maîtrise d’œuvre.
Ce texte a structuré durablement les principes applicables aux bâtiments publics, aux travaux publics et, plus largement, aux marchés publics liés à un contrat de maîtrise d’œuvre. Depuis 2019, ses règles sont reprises dans le code de la commande publique, qui sert de référence pour les professionnels de la MOA et de la MOE.
C’est quoi la MOP en construction ?
En construction, la MOP désigne la maîtrise d’ouvrage publique et le dispositif qui encadre les relations entre maître d’ouvrage et maître d’œuvre dans les opérations de construction publiques. Elle précise le contenu de chaque mission, les rôles de la MOA et de la MOE, ainsi que les limites de leurs responsabilités.
Concrètement, ce cadre s’applique lorsque la maîtrise d’ouvrage relève du code de la commande publique, notamment pour des bâtiments publics ou des travaux publics. Ce contrat de maîtrise d’œuvre fixe les livrables et honoraires associés à chaque phase, dès la phase d’esquisse.
Qu’est-ce qui a remplacé la loi MOP ?
Le contenu de la loi MOP a été codifié dans le code de la commande publique, entré en vigueur le 1er avril 2019. Pour les professionnels de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre et de la mission de maîtrise d’œuvre, c’est désormais ce corpus qui fait foi en marchés publics.
Les dispositions relatives à la mission, au contrat de maîtrise d’œuvre et aux rapports entre maître d’ouvrage et maître d’œuvre figurent notamment aux articles L2431-1 à L2431-3 et R2431-1 à R2431-37. La référence à la loi du 12 juillet 1985 reste utile pour comprendre les principes historiques de la loi maîtrise d’ouvrage publique, mais le fondement applicable, en pratique sur un marché public, relève bien du cadre juridique actuel.